Une femme ou trois femmes ?

Depuis vingt siècles, l’étonnante figure de Marie-Madeleine subjugue l’Occident. Peut-on savoir qui elle était vraiment et quelles furent ses relations avec Jésus-Christ ? Il nous faut pour cela remonter aux sources. Les évangiles forment quatre récits de qualité, tant par la précision des détails que par la finesse psychologique. Les apocryphes, plus tardifs, apportent peu d’éléments cohérents. Cette partie esquissera son portrait à partir des évangiles.

 

Beaucoup ont voulu éclater la personne de Marie-Madeleine, préférant distinguer trois femmes: Marie de Magdala, (femme libérée de sept démons, présente au pied de la croix et premier témoin de la résurrection, cf. Lc 8, 2 ; Jn 20, 1+), la pécheresse repentante (Lc 7, 37+), et la sœur de Marthe de Béthanie (Mt 26, 6+ ; Mc 14, 3+ ; Jn 12, 1+ ; Lc 10, 38+ ; Jn 11). On se demandera toujours pourquoi les textes évangéliques ne suggèrent pas plus clairement l’identification de ces trois figures. Mais nous ne pouvons imposer au texte biblique une vision moderne d’écrire l’histoire. L’argument fondamental en faveur de l’identification, c’est le récit de Jn 12,1+ de l’onction de Béthanie. Marie de Béthanie, après avoir fait une onction sur la tête de Jésus, prolonge cette onction sur ses pieds. Cette dernière onction n’est pleinement intelligible que :

 

  • Si elle n’est que la répétition des gestes accomplis par la pécheresse, intimement liés à sa conversion, en Lc 7,38,
  • Si elle est l’anticipation prophétique d’une onction funéraire que Marie de Magdala (Jn 20) aura plus tard le dessein d’accomplir mais qu’elle ne pourra réaliser à cause de la résurrection.

 

L'exégète André Feuillet, dans deux études ("Les deux onctions faites sur Jésus, et Marie-Madeleine", Revue Thomiste, 1975, et "Apparition du Christ à Marie-Madeleine", Esprit et Vie, 1978), met en évidence l’importance du témoignage johannique comme complément du témoignage des synoptiques. 

 

Le lien suivant présente le résumé de ces deux études d’exégèse qui, à partir des évangiles, déduit l'identification de ces trois figures. Ce lien donne aussi d'autres textes sur le portrait de Marie-Madeleine, des textes aprocryphes et des citations des Pères de l'Eglise sur la sainte (cliquez ici).

 

« Quelle joie et quel profit que de contempler dans l'unité d'une même gloire la pécheresse pleurant aux pieds de Jésus et les essuyant de ses cheveux, la sœur de Lazare assistant à la résurrection de son frère, l'amie fidèle debout à la passion et à la mort de son Bien-aimé, le suivant au tombeau et méritant de voir la première les splendeurs de sa résurrection ! Toute division de cette gloire est chimérique » (Lacordaire)

 

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Un amour jusqu'où ?

Si l'on entreprend de faire un portrait loyal de Marie-Madeleine, il est une question qui ne saurait être évitée. Quelle était exactement la nature du sentiment qui l’unissait au Christ ? Dans le clavier des affections humaines, quelle touche fait-on ainsi résonner ? A moins de faire du Christ un personnage complètement abstrait, et de Marie-Madeleine une femme construite dans la pierre la plus froide, la question ne peut pas ne pas se poser. Or nous savons que, tout en étant Dieu, le Christ n’en était pas moins un homme très concret, très vivant, un homme vrai ; et que Marie-Madeleine était femme.

 

Il est impossible que Marie-Madeleine ne fût pas amoureuse du Christ. Il délivre cette femme de l'esclavage de sept démons, il accepte publiquement son geste d’hommage, il prend non moins publiquement sa défense et il humilie ses ennemis. Cette femme est en outre très sensible à l’amour. Elle se sait distinguée, elle se sait préférée. Elle trouve en cet homme un refuge, une force, une noblesse. Marie aime prodigalement.

 

De même, il est impossible que Jésus n’eut pas une grande affection et une prédilection pour cette femme. Chez Simon le pharisien, il est touché par l’audace de son geste qui dévoile son grand amour. A Béthanie, il trouve en elle un cœur disponible et ouvert à sa Parole (Lc 10, 38). Ensuite, elle verse un nard très pur sur Jésus qui lui fait une louange pour l’éternité (Mc 14, 9). Toujours à Béthanie, Jésus ressuscite Lazare à la prière de Marie, et non à celle de Marthe (Jn 11, 33). Jésus aime ceux qui se laissent aimer tels qu’ils sont.

 

Ces deux cœurs se comprennent et s’attirent. L’un donne largement ; l’autre reçoit avec reconnaissance. D’une part, Jésus trouve en Marie une âme en qui il peut parfaitement accomplir la mission pour laquelle il est venu sur terre. Il la sauve intégralement. Comme l’argile dans la main du potier, Jésus relève cette femme, la guérit, la libère, la fortifie, parle à son cœur et lui enseigne sa Parole. Enfin il se manifeste à elle après sa résurrection et l’envoie en mission. D’autre part, Marie découvre l'amour parfait. En aimant Jésus, elle remonte à la source de cet amour et se plonge dans l’amour divin. A Béthanie, elle devient disciple en écoutant la Parole et en contemplant cet amour. A la Résurrection, elle devient apôtre et missionnaire. Son amour pour Jésus a traversé la mort. Elle peut annoncer librement celui qu’elle aime passionnément. Pour elle, « vivre, c’est le Christ » (Ph 1, 21).

 

« Quand on a été près d’une pauvre créature déchue l’instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d’une mort qui devait être éternelle inspire quelquefois aux deux âmes un indéfinissable attrait né du bonheur donné et du bonheur reçu » (Lacordaire).

 

On conçoit très bien qu'un mariage n'est pas parfait, tant qu’il n’est pas consommé. Mais une épouse ne donne pas que son corps, elle se donne corps et âme à son époux. Il est évident qu'à travers le corps, l’époux étreint l’âme. Dieu est l’époux de l'âme. L'acte de contemplation est une étreinte de l'âme par Dieu, aussi totale, aussi poignante, aussi vertigineuse que l'union de deux corps. Et à travers l’âme, c'est tout l’être qui est saisi par Dieu. Tel est le sens du vœu de virginité dans le christianisme. C’est d’une telle étreinte de l’âme que Marie-Madeleine avait été saisie. Oui, elle aimait le Christ. Elle l’aimait de tout l’élan de son être. Cet amour était sage et pur, il obéissait. Telle était la grande âme de Marie-Madeleine : tout l’être de cette admirable créature était dans la servitude de son amour contemplatif, même son corps. C’est pourquoi elle désirait mourir pour le Christ. Telle était la signification de son hommage, quand elle brisa sur les pieds du Christ le précieux vase de parfum en Jn 12.

 

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Une initiée ?

Une des idées les plus communes de la gnose consiste à dire que l’annonce des Évangiles telle qu’elle figure dans les écritures canoniques, n’est qu’une adaptation grossière de la vérité destinée au peuple. Par derrière se cache un enseignement secret, plus sophistiqué et plus véridique, réservé à l’usage des initiés, ceux-là seuls qui ont accès à la connaissance des mystères sacrés.

 

Un tel intérêt de la gnose pour Marie-Madeleine s’explique de la façon suivante : Le principe de la gnose est de doubler la doctrine officielle de l’Eglise par une doctrine ésotérique, cette dernière étant supposée provenir du Christ lui-même et avoir été transmise d’initié à initié. Qui donc est mieux placé que Marie-Madeleine, qui « s’étant assise au pied du Seigneur, écoutait sa parole » (Lc 10, 39), pour avoir bénéficié de révélations particulières pour être le vecteur privilégié de ces doctrines occultes ?

 

Le lien ci-dessous redéfinit la gnose, puis évoque la « Pistis Sophia », le Saint Graal, la sexualité dans la gnose… Si Marie-Madeleine fut une grande initiée, de par les contacts privilégiés qu’elle eut avec le Christ, rien ne permet de croire que ce fut à une autre doctrine que celle des apôtres et encore moins à un enseignement valorisant la transgression des normes communes. S’il y a un secret de Marie, il se trouve tout entier dans les Écritures !

 

Devant le tombeau vide de Jésus, Marie-Madeleine reçoit la première la plus haute connaissance jamais transmise. Jésus est vraiment ressuscité. Il a vaincu la haine et la mort. Il est vivant pour toujours. Mort pour les péchés, il est ressuscité pour donner la Vie éternelle en abondance. Voilà le secret que Marie-Madeleine annonce haut et fort.

 

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